Si l'on devait qualifier l'attitude des personnages de La Chartreuse de Parme face à la vie, l'on ne saurait trop dire qu'ils glissent sur elle, comme la barque glisse sur le lac de Côme, comme les notes de musique glissent sur le paysage enchanteur. Tout passe, ils passent sur tout, et rien n'est finalement trop grave, sinon la perpétuelle chasse au bonheur. Comme l'écrivait Gracq, quand on entre en Stendhalie, "le poids du monde s'allège". Ainsi Fabrice peut-il s'évader en "glissant sur la corde et jugeant les divers incidents de sa vie", ainsi Mosca peut-il qualifier de "malheureux événements" une révolte réprimée dans le sang.
Alors, je nous en prie, élevons notre âme à la hauteur de ces personnages sublimes, glissons, passons, ne nous arrêtons pas sur les malheureux événements, désagréments, incidents qui sont sur-venus récemment, restons en surface... A notre tour, rentrons dans l'ombre et le silence...
Les prépas de Province étaient vides, les comtes immensément riches, le Prince adoré de ces sujets (à défaut du contraire) qui comparaient son règne à celui des plus grands rois de France...
